Mission Ecoter : Vous êtes tous les deux maires et vice-présidents de grandes communautés urbaines (Arras et Dunkerque). En quoi cet ancrage local très fort est-il indispensable pour piloter la Mission Ecoter ?
• Nicolas DESFACHELLE :
« Être maire ou élu intercommunal, c’est être confronté chaque jour aux réalités budgétaires, aux attentes des habitants et au quotidien de nos agents. À Saint-Laurent-Blangy et sur la Communauté Urbaine d’Arras (CUA), nous gérons le quotidien tout en planifiant l’avenir. C’est cet ADN du terrain que nous apportons à la Mission Ecoter. Notre association n’est pas un laboratoire d’idées théoriques ou « hors-sol » : tout ce que nous analysons, nous devons pouvoir l’appliquer dans nos propres communes. Notre légitimité vient du fait que nous vivons les mêmes défis de proximité que l’ensemble des adhérents de la Mission. »
• Bertrand RINGOT :
« Je partage totalement l’avis de Nicolas. À Gravelines et sur le territoire de la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD), nous mesurons à quel point les dynamiques territoriales sont complexes. Nos deux territoires ont des spécificités – l’Arrageois avec sa forte composante rurale et de services, le Dunkerquois avec son littoral et son immense pôle industriel. Cette diversité fait la force de notre binôme à la tête de la Mission Ecoter. Notre ancrage local nous évite l’écueil du « technocratisme » : le numérique et l’écologie ne sont pas des concepts abstraits, ce sont des outils pour améliorer concrètement la vie de nos administrés. »
Mission Ecoter : Le mot « Écologie » est dans l’ADN même de la Mission Ecoter. Concrètement, comment vos territoires respectifs s’emparent-ils de la transition environnementale au quotidien ?
• Nicolas DESFACHELLE :
« Dans l’Arrageois, la transition passe beaucoup par la préservation de notre cadre de vie, la biodiversité, et la rénovation thermique. À Saint-Laurent-Blangy, nous mettons l’accent sur les mobilités douces, la gestion durable de nos espaces verts (zéro phyto depuis longtemps) et la transition énergétique des bâtiments municipaux. Au niveau de la CUA, nous développons des projets de circuits courts agricoles pour alimenter nos cantines et nous structurons une transition écologique qui soutient l’économie locale. L’écologie de proximité doit être incitative, positive, et accessible à tous les budgets municipaux. »
• Bertrand RINGOT :
« À Gravelines et Dunkerque, nous vivons une transition environnementale d’une échelle industrielle unique en Europe : la décarbonation complète de notre bassin industriel. Nous créons les emplois verts de demain (les gigafactories de batteries, l’hydrogène vert, le nouveau nucléaire avec le projet d’EPR2 à Gravelines). Mais l’écologie chez nous, c’est aussi une transition sociale majeure. Pensez à la gratuité des transports en commun que nous avons mise en place sur la CUD : c’est une mesure radicalement écologique qui redonne en même temps du pouvoir d’achat. C’est la preuve que l’environnemental et le social marchent main dans la main. »
Mission Ecoter : On oppose parfois le numérique (gourmand en énergie, perçu comme virtuel) et l’écologie (qui demande de la sobriété et du concret). Comment faire du numérique un véritable allié de la transition environnementale ?
• Nicolas DESFACHELLE :
« C’est tout l’enjeu du « numérique responsable » que nous prônons à la Mission Ecoter. Le numérique ne doit pas être un gadget de plus. Il devient vertueux lorsqu’il sert à optimiser nos ressources.
Par exemple, lorsque nous installons de l’éclairage public intelligent connecté à Arras ou à Saint-Laurent-Blangy, nous réduisons drastiquement la facture énergétique de la commune. De même, la dématérialisation des services doit réduire l’empreinte carbone administrative. Le numérique est un accélérateur de la transition, à condition qu’on en maîtrise l’usage et le cycle de vie du matériel. »
• Bertrand RINGOT :
« Absolument. Le numérique nous apporte la puissance de la donnée (la data) pour mieux piloter nos territoires. Sur un territoire littoral comme le nôtre, les capteurs connectés nous permettent par exemple de suivre en temps réel la qualité de l’eau, de détecter les fuites sur les réseaux d’eau potable ou d’optimiser la gestion des déchets. Le numérique nous aide à passer d’une logique de réparation à une logique de prédiction. À la Mission Ecoter, nous aidons les collectivités à comprendre que la sobriété numérique n’est pas incompatible avec l’innovation technologique. »
Mission Ecoter : Derrière les algorithmes et les plans climats, il y a des citoyens. Comment s’assure-t-on que ces grandes transitions ne laissent personne de côté, en particulier dans les territoires plus ruraux ou populaires?
• Nicolas DESFACHELLE :
« C’est ma hantise absolue : la fracture numérique et sociale. Si la transition se fait sans les habitants, elle échouera. La proximité, c’est l’écoute. À Saint-Laurent-Blangy, nous veillons à ce qu’aucune démarche ne soit 100 % dématérialisée sans alternative humaine. Nous avons déployé des conseillers numériques sur le terrain pour accompagner les personnes éloignées des outils informatiques. Le numérique doit libérer du temps à nos agents pour qu’ils se concentrent sur l’accueil physique de ceux qui en ont le plus besoin. L’humain doit rester le maître du temps technologique. »
• Bertrand RINGOT :
« C’est une question d’équité territoriale. Que l’on habite au cœur d’une grande communauté urbaine ou dans une commune plus isolée, on doit avoir le même accès aux services. À Gravelines, l’accompagnement des habitants face aux mutations (qu’elles soient industrielles, écologiques ou numériques) est une priorité de chaque instant. L’inclusion, c’est aussi de la pédagogie. Il faut expliquer le « pourquoi » de nos décisions, co-construire les projets avec les citoyens. La transition ne doit pas être subie comme une contrainte venue d’en haut, mais vécue comme un progrès partagé. »
Mission Ecoter : Si vous deviez définir le grand chantier prioritaire de la Mission Ecoter pour les mois à venir afin d’aider les collectivités à réussir ce double pari ?
• Nicolas DESFACHELLE :
« Notre priorité absolue, c’est l’aide à l’ingénierie territoriale. Les petites et moyennes communes débordent d’idées, mais elles manquent cruellement de moyens humains et techniques pour monter les dossiers, notamment face à la déferlante de l’Intelligence Artificielle ou de la Cybersécurité. La Mission Ecoter doit être ce grand réseau d’entraide où l’on partage gratuitement les bonnes pratiques. Nous devons donner aux élus les clés pour décider face aux géants de la tech. »
• Bertrand RINGOT :
« Je souscris pleinement. Notre rôle est de vulgariser, de sécuriser et de fédérer. Le chantier prioritaire est de faire de la Mission Ecoter le point de repère de confiance pour les collectivités locales face aux transitions. Nous voulons prouver qu’avec de la solidarité entre territoires – qu’ils soient ruraux, urbains, littoraux ou industriels – nous pouvons tous devenir des territoires d’avenir, résilients et profondément humains.»