Cette évolution est particulièrement visible dans la stratégie Smart Cities de Dell, portée par la Dell Global Smart Cities Practice. Derrière les démonstrations visibles sur le stand Smart Cities se dessine en réalité une transformation profonde de l’architecture numérique des territoires.
Le sujet n’est plus seulement de connecter des équipements urbains. Il s’agit désormais de construire des plateformes cognitives capables d’ingérer des flux massifs de données temps réel, d’orchestrer des décisions automatisées, d’exécuter des chaînes opérationnelles pilotées par des agents IA et de rapprocher l’intelligence artificielle du terrain grâce à l’informatique en périphérie, plus connue sous le nom d’edge computing.
La Smart City change de nature
La stratégie présentée par Dell tente précisément de répondre à ces blocages structurels. L’approche proposée repose soit sur un démarrage par cas d’usage métier précis, soit sur la construction d’une infrastructure numérique horizontale capable d’absorber plusieurs usages futurs.
Cette distinction est importante. La première approche reste dominante dans les collectivités avec des projets ciblés autour de la vidéoprotection augmentée, de l’optimisation énergétique, du stationnement intelligent ou de la supervision du trafic. La seconde est plus ambitieuse puisqu’elle consiste à bâtir une plateforme urbaine unifiée capable d’orchestrer plusieurs systèmes critiques autour d’un socle commun de données, de calcul et d’IA.
C’est précisément cette logique qui rapproche désormais les Smart Cities des architectures industrielles ou des AI Factories présentées tout au long de l’événement.
L’infrastructure redevient stratégique
Michael Dell l’a résumé très clairement :
« L’IA n’est plus une fonctionnalité. Elle devient désormais le modèle opérationnel de l’entreprise moderne. »
Cette vision a des conséquences directes pour les collectivités et opérateurs urbains. Une ville intelligente moderne produit désormais des volumes considérables de données provenant des flux vidéo, des capteurs IoT, des réseaux énergétiques, de la mobilité, de la sécurité ou encore des services numériques aux citoyens.
Or ces données ne peuvent plus être remontées systématiquement vers des clouds publics centralisés. Pour des raisons de latence, de souveraineté, de cybersécurité, de coûts et de résilience opérationnelle, une partie croissante des traitements doit être exécutée directement au plus proche des infrastructures urbaines.
Dell insiste fortement sur cette bascule vers une IA distribuée hybride. Lors de la keynote, l’entreprise a rappelé que 67 % des charges IA fonctionnent déjà hors du cloud public.
Pour les Smart Cities, cette tendance est structurante. Elle impose une nouvelle architecture des systèmes informatiques reposant sur des environnements hybrides combinant edge computing, cloud privé, infrastructures sur site et orchestration distribuée.
Dell met particulièrement en avant son Dell Distributed Private Cloud (DDPC), anciennement NativeEdge, conçu pour simplifier les déploiements distribués tout en garantissant l’intégrité des données du datacenter jusqu’au edge.
Du edge computing au “physical AI”
Concrètement, cela signifie que les futures infrastructures urbaines pourraient intégrer des systèmes de supervision autonomes, des IA de coordination du trafic, des plateformes de gestion énergétique prédictive ou encore des centres opérationnels capables de corréler automatiquement plusieurs flux urbains.
Les cas d’usage visibles chez Dell montrent que cette convergence est déjà engagée dans les usines, les plateformes industrielles et les infrastructures critiques. Les villes apparaissent désormais comme la prochaine étape logique de cette industrialisation de l’IA distribuée.
Sécurité publique : vers des centres opérationnels augmentés
Le véritable changement porte sur l’analyse contextuelle temps réel, la corrélation multi-sources et l’automatisation partielle des opérations. Les nouvelles architectures IA distribuées permettent d’analyser localement les flux vidéo, de détecter des comportements anormaux, de croiser automatiquement plusieurs sources de données et d’assister les opérateurs humains dans les centres de supervision urbains.
Mais cette évolution pose immédiatement des questions de cybersécurité. Une infrastructure urbaine pilotée par des agents IA nécessite des modèles de confiance robustes, une segmentation réseau avancée, des mécanismes d’identité sécurisés et une gouvernance stricte des accès.
Mobilité urbaine : la bataille de la latence
Le second terrain particulièrement pertinent concerne la mobilité intelligente. Gestion dynamique du trafic, transports publics, stationnement, logistique urbaine ou recharge énergétique nécessitent désormais des décisions prises quasiment en temps réel.
Avec l’arrivée progressive des infrastructures V2X, des véhicules autonomes et des plateformes de mobilité pilotées par IA, les contraintes de latence deviennent critiques. La latence correspond au temps nécessaire pour qu’une information soit transmise, analysée puis transformée en action. Dans un environnement urbain, quelques millisecondes de retard peuvent suffire à dégrader une coordination de trafic, ralentir une réaction automatisée ou perturber un système de mobilité connecté.
C’est précisément là que l’edge computing prend tout son sens : rapprocher les capacités de calcul et d’IA directement des infrastructures urbaines afin d’éviter les délais liés aux traitements dans des datacenters distants.
Les architectures centralisées montrent rapidement leurs limites dès lors que plusieurs milliers d’équipements urbains doivent être coordonnés simultanément.
Les jumeaux numériques montent en puissance
Pour les collectivités, ces jumeaux numériques ouvrent des perspectives importantes dans la simulation énergétique, la gestion de crise, la maintenance prédictive des infrastructures ou encore l’urbanisme.
Mais ces usages nécessitent des infrastructures extrêmement exigeantes en matière de stockage, de calcul GPU, de traitement temps réel et de circulation des données. Dell tente précisément de se positionner sur cette couche d’infrastructure critique à travers son Dell AI Factory avec NVIDIA, ses plateformes de stockage IA et ses architectures distribuées.
Le véritable défi sera la gouvernance
Plus les systèmes deviennent autonomes, plus la qualité des données devient stratégique, plus la surface d’attaque augmente et plus les problématiques d’identité machine et de confiance deviennent centrales.
Dell insiste d’ailleurs fortement sur cette problématique dans ses annonces autour dde l’IA agentique et des infrastructures souveraines.
Pour les collectivités, cela signifie qu’un projet Smart City moderne ne peut plus être abordé comme un simple projet IoT ou vidéo. Il faut désormais penser architecture distribuée, résilience, gouvernance IA, cybersécurité opérationnelle, souveraineté des données et contrôle des workflows autonomes.
Une industrialisation qui commence réellement
Pendant des années, les Smart Cities ont été dominées par des démonstrateurs, des expérimentations isolées ou des projets difficilement industrialisables.
Le discours de Dell traduit au contraire une volonté d’industrialisation massive à travers des architectures de référence, des plateformes ouvertes, des infrastructures validées et un écosystème partenaires structuré.
Le lancement du Dell AI Ecosystem Program s’inscrit clairement dans cette logique.
L’objectif est de transformer des briques technologiques encore fragmentées en solutions opérationnelles déployables plus rapidement dans des environnements réels.
Autrement dit, faire enfin passer les Smart Cities du laboratoire à l’exploitation à grande échelle.