Angers, la Métropole qui réinvente la smart city


Rédigé par le Mercredi 10 Septembre 2025 à 08:14

À première vue, Angers n’a rien de Singapour, Barcelone ou Montréal. Une ville moyenne française, 29 communes dans sa métropole, loin des mégapoles qui trustent les classements internationaux de l’innovation urbaine. Et pourtant : depuis 2020, Angers mène l’un des projets de smart city les plus ambitieux d’Europe. En 2026, elle franchira un cap : après les infrastructures, place aux citoyens et à l’intelligence artificielle.


Quand une ville moyenne se pense en laboratoire
Avec un contrat de 146 millions d’euros sur 12 ans, Angers a osé ce que peu de collectivités françaises ont tenté : un marché global de performance couvrant à la fois la transition écologique, la modernisation des services publics et l’adaptation aux usages numériques.
Piloté par Inéo Equans, avec Suez, La Poste et le groupe Vyv, le projet fait figure de proof of concept à grande échelle.
« Nous avons choisi de voir la ville comme une plateforme. Pas seulement technologique, mais politique », insiste Constance Nebbula, vice-présidente d’Angers Loire Métropole, en charge du numérique.
 


Après le hardware, l’ère du software

La première phase a consisté à bâtir les fondations : éclairage public intelligent, gestion énergétique, arrosage automatisé, sécurité, stationnement, gestion des déchets et de l’eau. Des briques visibles, mais surtout interconnectées.

En parallèle, la métropole a développé un jumeau numérique du territoire, proche de ceux utilisés à Helsinki ou Shanghai, pour tester et anticiper les projets d’aménagement urbain.
« Nous avons presque terminé l’infrastructure matérielle. Désormais, il faut inventer les usages, bâtir du software et créer des services à valeur ajoutée », explique Christophe Béchu, maire d’Angers et président de la métropole.


Intelligence artificielle : entre promesse et vigilance

La prochaine étape est claire : intégrer une couche d’intelligence artificielle. Après une stratégie de la donnée en 2023, Angers prépare pour l’automne sa stratégie IA, accompagnée par le think tank Urban AI.
L’objectif : utiliser l’IA pour analyser les données générées par le territoire et proposer des services prédictifs. Réduire la consommation énergétique des bâtiments, anticiper les flux de mobilité, optimiser l’arrosage ou la collecte des déchets.

Mais la ville veut avancer avec prudence.
« Avec l’explosion des usages d’IA, il est essentiel de clarifier nos limites et de sensibiliser les agents publics », prévient Constance Nebbula.
Une démarche proche des réflexions engagées à Toronto, où le projet Quayside de Google avait échoué faute de gouvernance claire sur la donnée.


Le futur hub : un “control room” augmenté

En 2026, les équipes rejoindront l’ancien bâtiment de la Banque de France, transformé en centre de pilotage augmenté. la Ville d’Angers et Angers Loire Métropole ont racheté en avril dernier le bâtiment pour 2,6 millions d’euros, dont la moitié payée par la Ville d’Angers. Le centre de supervision urbain sera le premier à intégrer les locaux en début 2026. La police municipale quittera quand a elle  la rue Chevreul pour s’y installer, accompagnée par plusieurs services municipaux, afin de rendre plus efficient le pole sécurité de la ville.

Connecté au centre de supervision urbain de la police municipale, il deviendra une véritable “control room” où edge computing, cybersécurité et vidéosurveillance convergeront.

Les effectifs seront doublés pour assurer une supervision 24/7.
« Nous avons désormais besoin de data analysts, de spécialistes IA et de cybersécurité. Le territoire intelligent transforme radicalement nos métiers », confirme Guillaume Cesbron, responsable du centre de pilotage.


Citizen by design : le pari angevin

Le vrai tournant, pourtant, ne se situe pas dans la technologie mais dans la gouvernance. Dès 2026, un Forum du territoire intelligent ouvrira ses portes dans le bâtiment Métamorphose.

Cet espace immersif permettra aux habitants de manipuler le jumeau numérique, de tester des scénarios urbains et de participer à la co-construction des services. Une logique de citizen by design, déjà expérimentée à Barcelone ou Montréal.
« Le temps des techniciens est terminé. Place désormais au temps des citoyens », insiste Christophe Béchu.


Une ville régénérative plutôt qu’une ville connectée ?

À l’échelle internationale, les tendances évoluent : la smart city de demain ne sera pas seulement connectée, mais régénérative, capable de restaurer son environnement, de réduire son empreinte carbone et d’impliquer ses habitants comme acteurs.

Angers s’inscrit dans ce mouvement, en misant sur la donnée, l’IA éthique et la participation citoyenne. À sa manière, la ville française démontre qu’une métropole de taille moyenne peut rivaliser avec les géants mondiaux, en assumant son rôle de laboratoire d’innovation urbaine.

Angers ne cherche pas seulement à devenir plus efficace : elle veut prouver qu’une autre voie est possible pour les smart cities. Une voie où la technologie ne remplace pas la politique, mais la réinvente.
sources : WEB/Smart City Mag/Alliancy, etc..

 


Reynald WERQUIN
Consultant Sénior Smart-City Fondateur et Directeur de la Publication VilleIntelligente-MAG En savoir plus sur cet auteur


              

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