Faut-il interdire les feux d’artifice en période estivale ?


Rédigé par le Samedi 16 Juillet 2022 à 11:37

C’est un moment de liesse populaire et personne ne voudrait s’en passer sous aucun prétexte. Commémoration importante de notre histoire, le 14 juillet est un temps fort de l’été avec des festivités qui se terminent le plus souvent par un spectacle pyrotechnique. Un feu d’artifice qui n’est pas sans poser des problèmes à la faune et la flore, encore plus quand le pays traverse une période de sécheresse sans précédent.


Un feu d'artifice organisé au cours de l'été (photo d'illustration Adobe Stock)
Un feu d'artifice organisé au cours de l'été (photo d'illustration Adobe Stock)
Les feux d’artifice du 14 juillet, et d’autres au cours de l’été, émerveillent petits et grands par leurs bouquets multicolores qui illuminent le ciel. Moment important des festivités d’été, il semble difficile de s’en passer. Alors et c’est bien normal, il n’est pas aisé de comprendre l’annulation de ces spectacles gratuits dont chacun sait qu’ils favorisent le rapprochement des populations et le bien vivre ensemble. Et pourtant, même s’ils ne sont organisés qu’une seule fois dans l’année, ils font courir un risque à notre environnement, encore plus quand nous traversons une période extrêmement sèche comme celle que nous connaissons aujourd’hui. 
 
Les explosifs qui permettent d’assurer un spectacle pyrotechnique sont composés de produits chimiques dont les particules fines (aluminium, baryum, rubidium…) se dispersent dans l’atmosphère et retombent au sol ou dans l’eau des rivières quand ces spectacles sont tirés depuis les rives. ces produits peuvent s’avérer toxiques ou cancérigènes lorsqu’on s’y expose à fortes doses. Qu’on se rassure, la dose de particules fines des feux d'artifice, même des plus importants, est inférieure à celle qui est générée par la circulation automobile. Mais elle n’est pas pour autant anodine, d'autant qu'elle s'ajoute aux autres expositions.
 
Lorsqu’ils sont tirés sur les bords des plans d’eau ou des rivières, comme c’est souvent le cas, ces feux d’artifice sont surtout dangereux pour les animaux qui vivent à proximité, en créant une nuisance sonore et lumineuse insupportable, notamment pour les oiseaux qui nichent de mai à fin août, voir plus tard, à cause du dérèglement climatique. Perturbés par les explosions et les fumées ces oiseaux partent en abandonnant leur progéniture aux prédateurs. A long terme cela peut avoir des conséquences sur l’évolution des espèces, certaines ayant même déjà disparu, sachant toutefois que les feux d’artifice ne sont pas la seule raison, et de loin, de ces disparitions.
 
« La mairie de Tours ne fait qu’appliquer la loi qui protège les espèces menacées. »

A Tours (Indre et Loire), Emmanuel DENIS, le maire (EELV), a décidé d’annuler le feu d’artifice du 14 juillet pour ne pas perturber les oiseaux.  Dans cette ville, comme dans la plupart des cités ligériennes, le feu d’artifice de la Fête Nationale est tiré sur les bords de la Loire. Pour la mairie qui précise qu’elle n’est pas opposée à ce genre de spectacle, il s’agit surtout de protéger les sternes qui nichent sur les bancs de sable.  « Nous n’avons rien contre les spectacles pyrotechniques. Si un autre site le permet nous recommencerons à tirer des feux ! » a déclaré la municipalité en annulant le feu d’artifice. Mais la décision pas toujours comprise, était sans appel, la ville souhaitant préserver les oiseaux emblématiques du fleuve : les sternes pierregarins et naines, protégées depuis 2009. 
 
Une décision saluée par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). « En 2019, nous avons effectué une étude sur le feu d’artifice, tiré à moins de 400 m d’une colonie. Pendant les vingt minutes de festivités, les parents s’envolent et abandonnent définitivement leurs poussins à la merci des prédateurs ou leurs œufs en pleine couvaison ! » a déclaré Vincent LICHERON, directeur de la LPO Centre Val de Loire. « La mairie de Tours ne fait qu’appliquer la loi qui protège les espèces menacées. »
 
S’ajoute à ce risque, celui que ces spectacles font courir à la végétation, surtout en période d’extrême sécheresse, comme c’est le cas cette année. La moindre étincelle peut générer un incendie qui se propage rapidement, malgré tous les efforts de Sapeurs-Pompiers, déjà très sollicités par ailleurs.  Mais aussi au public lui-même, pas toujours discipliné et parfois trop proche du pas de tir, comme ce fut le cas à Cholet (49) où deux spectateurs ont trouvé la mort, à la suite d'un dysfonctionnement. Mais aussi à Vaudelnay, une autre commune du Maine-et-Loire. 
 
Mais, entendons-nous bien : il ne s’agit pas pour autant de demander la suppression de ces spectacles pyrotechniques, tant prisés par la population, mais peut-être de revoir les lieux de tir pour qu’ils soient moins impactant pour la faune et la flore, surtout en période de sécheresse et de nidification, mais aussi leur mode de lancement et la composition des engins. A l’exemple de Disneyworld en Californie qui utilise de l’air comprimé pour lancer ses bombes, réduisant du même coup le taux de particules disséminées dans l’air ambiant ou de certaines entreprises de pyrotechnie qui travaillent sur les produits entrant dans la composition de leurs explosifs. 
 
Mais il existe d’autres alternatives aux feux d’artifice, comme le rappelle notre confrère « Ma planète  ». Les municipalités peuvent organiser un spectacle son et lumière, tout aussi spectaculaire et moins nocif, pour célébrer le 14 juillet, en utilisant des effets laser ou en faisant évoluer plusieurs centaines drones lumineux comme vient de le faire le festival musical des Vieilles Charrues à Carhaix (Finistère). Enfin ne perdons pas de vue que ces spectacles coutent fort cher aux municipalités qui les organisent, la somme pouvant servir des causes plus justes, surtout en cette période de précarité et de difficulté écologique.



Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              


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