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La Muse, une monnaie locale basée sur la confiance


Rédigé par le Dimanche 2 Juin 2019 à 22:50 | Lu 1377 fois


La Muse est, comme d’autres en France et en Europe, une monnaie locale et citoyenne du Maine-et-Loire dont l’objectif n’est pas de concurrencer l’Euro, notre monnaie européenne, mais bien d’agir en complémentarité pour favoriser le commerce local, en circuit court, et tendre vers une pratique non capitaliste, plus écologique, sociale et humaine. Rencontre avec Suzanne Bacave, référente locale du groupe d’Angers, lors du récent Festi’Muse des Ponts de Cé.


Adhésion à la charte de la monnaie locale, lors de Festi'Muse, la fête de la Muse aux Ponts-de-Cé (49)
Adhésion à la charte de la monnaie locale, lors de Festi'Muse, la fête de la Muse aux Ponts-de-Cé (49)
Les monnaies locales permettent de rapprocher les citoyens et favoriser le commerce de proximité, plutôt que les diviser en leur faisant croire, à tort qu’ils sont plus riches parce qu’ils se constituent une épargne qui, le plus souvent profite plus aux banques qu’à eux-mêmes. La Muse, une monnaie locale utilisée sur le Maine-et-Loire, comme une cinquantaine sur le territoire français à l’heure où nous écrivons ces lignes, n’échappe pas à la règle. 
 
Reconnues légalement par la Loi Économie sociale et solidaire (ESS) et promulguées par le président de la République François Hollande, le 31 juillet 2014, les monnaies locales commencent à avoir le vent en poupe. Lancée en 2010, sur le bassin de vie de Murs-Erigné, une petite commune de l’agglomération d’Angers, la Muse, pour Monnaie à Usage Solidaire et Écologique, circule, c’est d’ailleurs sa vocation première, sur l’ensemble du Maine-et-Loire. L’objectif n’étant de lui faire prendre de la valeur, mais bien de s’en servir pour acheter auprès des commerçants qui l’acceptent. Et ils sont de plus en plus nombreux, le plus souvent des entreprises de l’économie sociale et solidaire. Son taux de base, au moment de son acquisition est d’ailleurs de 1 Euro. Mais pas longtemps, d'où l'intérêt de l'utiliser rapidement.
 
« La Muse est une monnaie complémentaire de l’Euro, comme une cinquantaine en France », explique Suzanne Bacave. « On a besoin de l’Euro pour les échanges internationaux, les monnaies locales ont plus pour vocation de stimuler l’économie locale, avec urne certaine éthique ».
 
Alors forcément on retrouve plus ces monnaies sur le terrain de l’alimentation « Bio » et l’ESS pour les activités. « La Muse de Maine-et-Loire, lancée depuis 8 ans, sur le territoire de Murs-Erigné, s’est étendue sur l’ensemble du département avec 5 groupes locaux », poursuit la référente du groupe d’Angers.
 
« Le fond de garantie constitué par les Euros échangés contre des Muse, permet de nourrir l’économie locale et la stimuler »

 L’originalité de la Muse, ce qui n’est pas un cas général, c’est qu’elle fond comme neige au soleil. Inutile donc de la cacher sous le matelas pour s’enrichir comme l’explique Suzanne Bacave : « La Muse se dévalorise avec le temps. On appelle ça une fonte selon un concept vieux de deux siècles qui part d’un principe : la personne qui détient l’argent et celle qui détient une denrée périssable ne sont pas à égalité. Il y a donc une position dominante de celui qui détient l’argent ». C'est ce que l'on vit avec l'Euro et précédemment avec le Franc pour ce qui concerne notre pays. 
 
Et c’est bien la position dominante de celui qui capitalise que dénoncent ceux qui adhèrent au principe d’une monnaie locale. « L’idée qui est très humaniste est donc de rétablir l’équilibre entre les clients et des prestataires identifiés », poursuit Suzanne Bacave. 
 
Cette dernière observe que même si les citoyens français utilisent l’Euro, ils ne lui font pas pour autant confiance. « L’intérêt d’une monnaie locale c’est qu'à l'inverse elle est basée sur la confiance », souligne la référente locale. Et c'est bien dans cette confiance entre ceux qui produisent et celui qui achète qui sert de socle à la monnaie locale. D’ailleurs les billets ne possèdent pas de filigrane pour lutter contre une éventuelle contrefaçon. « Imiter les billets de Muse, quelle importance ? » questionne Suzanne Bacave. « On a mis en place une charte des utilisateurs et prestataires. C’est un socle de confiance qui nous permet de savoir comment circule l’argent ». Chacun se respecte et personne n’envisagerait de faire des faux billets de Muse pour s’acheter un massage, un livre ou un kilo de pomme de terre. 
 
Et l’Euro dans tout ça ? Puisque nous sommes dans un concept où personne n’envisage de faire fructifier la monnaie en la plaçant dans des paradis fiscaux, une démarche contraire aux principes d’équité défendus par les adhérents à une monnaie locale comme la Muse, les Euros échangés sont placés à la NEF (Nouvelle Économie Fraternelle), une coopérative financière qui finance des projets ayant une utilité sociale, écologique, culturelle. Ces projets ainsi financés enrichiront l’annuaires de prestataires qui ont compris qu’il était plus raisonnable de maintenir un équilibre entre ceux qui produisent et ceux qui consomment et surtout payer le travail à sa juste valeur. 
 
« Le fonds de garantie constitué par les Euros échangés contre des Muse, permet de nourrir l’économie locale et la stimuler ».  C’est le principe du circuit court, cher à ceux qui s’opposent à l’économie de marché laquelle engendre des disparités entre les consommateurs et surtout de la pauvreté. « Quand on investit dans la Muse ou que l’on place à la NEF on sait que l’argent ne financera les produits dangereux ou des forages pétroliers. Avec la Muse on reprend la responsabilité de son argent, comment on l’utilise ou est-ce qu’on le dépense », confirme Suzanne Bacave. « Ça permet de découvrir la richesse du tissu local au niveau économique ». 

 




Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              

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