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Qwant, une épine dans le pied du géant Google


Rédigé par le Samedi 29 Décembre 2018 à 09:44 | Lu 2798 fois


C’est un peu David contre Google, le Goliath d’Internet, mais l’idée de Qwant, le moteur de recherche européen installé en France, qui ne trace pas les internautes, commence à intéresser les collectivités et les services publics. Après les villes d'Issy-les-Moulineaux, Mantes-la-Jolie, Nice, Angers, CCI France et les régions Sud (Paca) et Ile-de-France, c’est au tour de l’Université de Nantes d’en pincer pour Qwant.


A partir du 1er janvier 2019 l'Université de Nantes, abandonnera Google au profit de Qwant (Photo Adobe Stock)
A partir du 1er janvier 2019 l'Université de Nantes, abandonnera Google au profit de Qwant (Photo Adobe Stock)
Défier Google sur le terrain très concurrentiel des moteurs de recherche, il fallait oser. Ce pari risqué, c’est Eric Léandri, un ingénieur Télécoms, qui le tente en développant des algorithmes qui permettent de protéger la vie privée de ceux qui l’utilisent, contrairement au géant de l’internet, lequel rafle plus de 90% des parts de marché dans ce domaine. Autant dire que les autres ramassent les miettes. Mais cela n’impressionne pas pour autant Éric Leandri, le créateur de Qwant.   
 
 « Il existe huit vrais moteurs de recherche : nous n’avons pas de concurrent direct car nous sommes les seuls à offrir une protection de votre vie privée », affirme Éric Leandri lors d'un entretien avec IT Industrie et Technologies.  Pas de concurrent direct, mais c’est bien le géant Google que vise cet allergique aux monopoles. Il débute son projet en 2011 avec un objectif : « proposer un moteur de recherche libre, neutre, qui s’ouvre sur le web dans son intégralité ». Il démarre son projet en créant, avec une équipe d’une trentaine d’ingénieurs, ses propres algorithmes pour assurer au mieux le respect de la vie privée de ceux qui utilisent son moteur de recherche. 
 
Rejoint par le financier Jean-Manuel Rozan et Patrick Constant, le PDG du moteur de recherche interne Pertimm ( Pages jaunes, Carrefour, Meetic ), il travaille pendant trois ans pour trouver son modèle économique, basé sur les clics publicitaires, « le même que Google avant 2004, avant qu’ils ne commencent à vendre vos données… », poursuit Éric Leandri
 
L’avantage de Qwant c’est qu’il ne dépose pas de cookies, n’utilise aucun dispositif de traçage, respecte scrupuleusement le droit à l’oubli en accédant aux demandes de déréférencement et surtout crypte les adresses IP, afin de garantir un anonymat complet à celui qui l’utilise. Une démarche qui se situe à l’opposé de Google, dont l’algorithme se nourrit des données personnelles pour proposer des résultats de recherche adaptés. Qwant dispose par ailleurs de ses propres robots crawlers, installés sur des serveurs français, qui scannent le web et l’indexent.
 
La première version béta est lancée en 2014.  Le moteur de recherche français qui enregistre un million de visites uniques lors de sa première année est rejoint, à hauteur de 20% par le groupe de presse allemand Axel Springer. En 2015 il lance une version grand public et une réservée aux écoliers. En 2016 la Banque européenne d’investissement s’intéresse au projet et injecte 25 millions d’euros. L’année suivante, la Caisse des dépôts entre au capital, permettant à Qwant de décoller et d’intéresser notamment les collectivités territoriales. Désormais le moteur de recherche qui a reçu l’an dernier plus de 9 milliards de requêtes, soit trois jours de fonctionnement de Google, emploie 164 personnes répartis entre la France, l’Allemagne, l’Italie et la Chine.
 
« Nous devons faire en sorte que les données collectées ne soient pas monétisées à notre insu et ne soient pas utilisées à des fins commerciales sans qu’ont aient donné le consentement »Christophe Béchu – Maire d’Angers et président d’Angers Loire Métropole. 

 Après le Ministère des Armées, la ville d’Issy-les-Moulineaux, cité du Grand Paris, a choisi le moteur de recherche français pour l’installer sur tous les postes informatiques des services municipaux et des écoles élémentaires. « Nous souhaitons adresser un message fort à notre population, pour l'informer de l'existence de solutions alternatives comme celles de Qwant et promouvoir un moteur de recherche qui s'engage à ne pas tracer notre navigation sur Internet et à ne pas collecter de données personnelles », s’est félicité André Santini, ancien Ministre, Maire d'Issy-les-Moulineaux, lors de la présentation officielle.
 
En visite dans les locaux de Qwant à Paris, le 19 décembre dernier, le maire d’Angers, Christophe Béchu, s’est montré très intéressé par ce nouveau moteur. « Angers est engagé dans une démarche de territoire intelligent qui nécéssite des investissements en termes d’infrastructure et d’applications numériques, mais avec un sujet majeur qui me préoccupe et qui explique ma présence dans les locaux de Qwant : c’est le respect de la vie privée », a expliqué le maire-président. « Nous devons faire en sorte que les données collectées ne soient pas monétisées à notre insu et ne soient pas utilisées à des fins commerciales sans qu’ont aient donné le consentement ».
 
Dernièrement l’Université de Nantes (44) a annoncé choisir Qwant, à la place de Google, à partir du 1er Janvier 2019, par la voix de Francky Trichet,  adjoint au Maire de Nantes et Conseiller Métropolitain pour l’Innovation et le numérique, mais aussi Vice-Président Numérique de l’Université de Nantes. 
 


« Le modèle économique de Qwant ne reposant pas sur la publicité ciblée, pas de risques de voir apparaître des annonces pour de l'électroménager sur toutes les pages que vous consultez après avoir fait une recherche concernant un lave-linge... Vos échanges sont cryptés, ils ne peuvent pas être lus et interceptés par un tiers », résume Francky Trichet au micro d’Europe 1 
 
Le respect de la vie privée, point fort de Qwant, a retenu l'attention d'un nombre croissant de collectivités, lesquels font le choix du moteur européen pour les équipements digitaux qu'elles gèrent. Et pour être certain que celui-ci ne déviera pas de son objectif initial, Qwant a décidé d'implanter tous ses serveurs en France, ce qui assure que seules les lois françaises et européennes s'appliquent. 

Pour en savoir plus : www.qwant.com



Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              

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