Réseaux d’eau : quand l’intelligence artificielle renforce l’expertise des territoires


Rédigé par le Mercredi 28 Octobre 2026 à 18:24

Les gestionnaires de réseaux d’eau n’ont jamais disposé d’autant de données. Encore faut-il pouvoir les interpréter et agir. Avec AMCO OCÉAN et KEROS, TEEO défend une approche de l’intelligence artificielle au service des équipes, de la préservation de la ressource et de résultats mesurables. Son président, Dominique Vienne, en présente les enjeux.


Une hausse du débit nocturne dans un quartier, une pression inhabituelle, des ruptures répétées sur une même canalisation : les réseaux d’eau émettent de nombreux signaux. Pour les collectivités et les exploitants, le défi n’est plus seulement de les capter, mais de comprendre ce qu’ils révèlent et de décider où intervenir.
Dans les territoires confrontés aux tensions sur la ressource ou aux interruptions de distribution, cette question concerne directement la continuité du service rendu aux habitants. Une fuite signifie de l’eau perdue, mais aussi de l’énergie et des moyens mobilisés pour la capter, la traiter et l’acheminer.
À La Réunion, où TEEO est implantée, Dominique Vienne souligne un paradoxe : même un territoire exposé à des précipitations importantes peut connaître des difficultés d’accès à l’eau selon les lieux et les saisons. Préserver les volumes déjà produits exige donc à la fois des investissements dans les infrastructures et une meilleure compréhension de leur fonctionnement quotidien.
 

Des données disponibles, des décisions à prendre

La télérelève et la supervision ont multiplié les informations accessibles aux exploitants. Pourtant, volumes mesurés, consommations, incidents et caractéristiques des canalisations restent souvent dispersés entre différents systèmes. Leur mise en perspective est indispensable pour passer de l’observation à l’action.
Un compteur de sectorisation indique les volumes qui transitent dans une partie du réseau. Pour interpréter une évolution, il faut pouvoir la rapprocher des usages, des conditions d’exploitation et de la qualité des mesures. Une variation inhabituelle ouvre une investigation ; elle ne suffit pas, à elle seule, à établir la présence d’une fuite.
« Nous avons beaucoup investi pour faire parler les compteurs. Il est temps d’organiser notre capacité à les écouter », résume Dominique Vienne.
L’enjeu n’est donc pas d’ajouter des alertes aux alertes. Il est de permettre aux exploitants de savoir quel secteur vérifier, pour quelle raison et selon quel ordre de priorité. Une information ne devient utile que lorsqu’une équipe peut la comprendre, la qualifier et agir.

 

Détecter les dérives, anticiper les défaillances

Dans un communiqué du 14 octobre 2026, TEEO a présenté KEROS comme une évolution de son offre AMCO OCÉAN, destinée à tirer davantage de valeur des données déjà disponibles sur les réseaux d’eau.
Deux approches se complètent. KEROS DLR (« Détecter, Localiser, Réparer ») vise à repérer les écarts par rapport au fonctionnement attendu des secteurs surveillés pour guider les investigations. KEROS CARTO contribue à l’analyse patrimoniale : l’âge, le matériau, la pression ou l’historique des casses peuvent aider à hiérarchiser les tronçons à examiner et à préparer les programmes de renouvellement.
TEEO s’appuie également sur un partenariat avec Leakmited, spécialiste de l’intelligence artificielle appliquée à la recherche de fuites et à la gestion patrimoniale des réseaux d’eau.
Ces deux approches répondent à des horizons différents, mais étroitement liés : l’exploitation doit maîtriser les pertes d’aujourd’hui, tandis que la gestion patrimoniale prépare les investissements qui réduiront les risques de demain.
« Avec DLR, nous cherchons à traiter les pertes d’aujourd’hui. Avec CARTO, nous cherchons à prévenir les ruptures de demain », explique Dominique Vienne.
Le diagnostic issu des données ne remplace toutefois pas les vérifications de terrain. Signaler un secteur suspect ne revient pas à localiser précisément une fuite. De même, identifier un tronçon potentiellement fragile ne permet pas de prédire avec certitude une rupture. L’expérience des équipes reste décisive pour interpréter les indications et conduire les interventions.

 

Relier les signaux pour mieux comprendre le réseau

Dominique Vienne inscrit KEROS dans une ambition plus large pour AMCO : relier progressivement mesures, bilans hydriques, suspicions de fuite, interventions et évaluation des gains afin de renforcer la connaissance opérationnelle des réseaux.
Le rapprochement des données hydrauliques, acoustiques et patrimoniales figure parmi les pistes évoquées. Une hausse du débit nocturne, prise isolément, peut avoir plusieurs causes. Il en va de même pour un signal acoustique. Leur lecture croisée pourrait contribuer à cibler plus efficacement certaines investigations.
Cette convergence constitue une trajectoire d’évolution, et non une promesse de fonctionnalités identiques pour tous les déploiements. Les capacités effectivement disponibles doivent être appréciées au regard du périmètre de chaque projet.
La comparaison entre secteurs suppose également de tenir compte des usages, des volumes distribués et de la fiabilité des mesures. Une anomalie n’a de sens qu’éclairée par son contexte hydraulique et opérationnel.
L’objectif exprimé par Dominique Vienne est concret : « Un bon outil ne doit pas seulement nous dire qu’il existe un problème. Il doit nous aider à décider où agir, avec quelle priorité et pour quel résultat attendu. »

 

Une IA qui renforce le jugement des experts

Détecter des évolutions atypiques dans de nombreuses séries de mesures, rapprocher des indices dispersés, proposer des priorités d’investigation : l’intelligence artificielle peut alléger une partie du travail d’analyse. Sa valeur dépend cependant de la qualité des données, de la compréhension des résultats et de leur vérification par les professionnels.
Les techniciens connaissent les singularités du réseau, les contraintes d’exploitation et l’historique des travaux. Leur expertise permet de distinguer un signal pertinent d’un événement ordinaire, de choisir les vérifications nécessaires et de décider des suites à donner.
« L’intelligence artificielle ne doit pas se substituer à l’intelligence des techniciens. Elle doit leur permettre de consacrer moins de temps à chercher les problèmes et davantage de temps à les résoudre », souligne Dominique Vienne.
Pour éviter de submerger les équipes de tableaux de bord et de notifications, chaque indication devrait répondre à quelques questions : où se situe la dérive ? Depuis quand est-elle observée ? Sur quels éléments repose la suspicion ? Quelle vérification apporterait le plus de valeur ?
Le retour du terrain est tout aussi essentiel : la suspicion a-t-elle été confirmée ? Quelle réparation a été réalisée ? Les débits ont-ils effectivement diminué ? En capitalisant ces informations, l’exploitant peut construire une mémoire opérationnelle du réseau, utile malgré les changements d’équipes ou de prestataires.
Pour Dominique Vienne, cette boucle de retour d’expérience doit enrichir progressivement les analyses. La pertinence du dispositif se mesure aussi à sa capacité à intégrer les observations des experts et à apprécier les effets concrets de leurs interventions.

 

Du signal détecté au résultat mesuré

Pour initier une démarche, Dominique Vienne recommande de choisir un secteur hydraulique déjà instrumenté et disposant de données suffisamment fiables. Il devient alors possible de caractériser son fonctionnement habituel, de repérer les écarts persistants et de tester la pertinence des investigations proposées.
À titre d’illustration, une fuite hypothétique de 20 m³ par jour représenterait 7 300 m³ sur un an si son débit restait constant. Il s’agit d’un ordre de grandeur, et non d’un gain effectivement obtenu avec KEROS.
Les économies réelles dépendent du moment où la fuite est détectée, des délais d’investigation et de réparation, ainsi que de l’évolution du réseau après intervention. Il faut aussi s’assurer que la baisse observée ne résulte pas d’un simple changement des consommations ou des conditions d’exploitation.
Le suivi doit donc porter sur toute la chaîne : délai de détection, temps d’investigation, délai de réparation, évolution des pertes, volumes économisés et coût des interventions.
Ces indicateurs donnent aux élus et aux responsables de service des éléments tangibles pour évaluer l’apport des outils numériques et arbitrer les investissements futurs. Les résultats doivent toujours être documentés selon un périmètre, une période et une méthode de calcul explicites.

 

De la Smart City au territoire augmenté

Nous avons longtemps associé la ville intelligente à la multiplication des capteurs, à la connexion des équipements et à l’accumulation des données. Cette étape a été nécessaire. Elle ne suffit plus : le prochain progrès consiste à transformer l’information disponible en décisions pertinentes, puis en actions dont l’utilité peut être démontrée.
C’est le sens du « territoire augmenté » proposé par Dominique Vienne : un territoire qui conjugue intelligence humaine et capacités numériques pour mieux comprendre ses infrastructures, anticiper les dérives et agir avec discernement. La technologie ne décide pas à la place des professionnels ; elle renforce leur capacité à choisir les bonnes priorités.
Dans le domaine de l’eau, cette ambition prend une forme très concrète : valoriser les réseaux existants, détecter plus tôt les situations anormales, orienter les équipes vers les interventions utiles et mesurer les volumes réellement préservés. AMCO OCÉAN et KEROS s’inscrivent dans cette logique, au-delà de la seule recherche de fuites.
La véritable intelligence d’un territoire ne se mesure donc ni au nombre de capteurs installés ni à la quantité de données collectées. Elle se reconnaît à sa capacité à préserver ses ressources, à éclairer les décisions publiques et à améliorer durablement le service rendu aux habitants.





              

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