Robotique industrielle : une clé pour la réindustrialisation


Rédigé par Jean-Dominique ROUSSEAU le Jeudi 16 Décembre 2021 à 17:27 | Lu 1152 fois

Depuis la révolte des canuts, à Lyon, à la fin du XIXe siecle, l’imaginaire collectif considère la machine comme un substitut de l’homme, au risque de faire des robots les boucs émissaires du chômage de nos sociétés modernes. Pourtant, contrairement aux idées reçues, la robotique est un facteur déterminant pour améliorer la compétitivité de notre industrie et de notre économie, sans générer de perte d’emplois. Un décryptage d’expert de Jean-Dominique Rousseau, directeur du Lab Robotique de EQUANS France


la robotique est un facteur déterminant pour améliorer la compétitivité de notre industrie et de notre économie, sans générer de perte d’emplois (photo d'illustration Adobe Stock)
la robotique est un facteur déterminant pour améliorer la compétitivité de notre industrie et de notre économie, sans générer de perte d’emplois (photo d'illustration Adobe Stock)
Dans le cadre du plan d’investissement France 2030, l’État a décidé d’allouer 800 millions d’euros pour accélérer le développement de la robotique. Objectif : identifier les technologies françaises les plus prometteuses pour la transition vers « l’industrie 4.0 ». De son côté, EQUANS France, une entité distincte d'ENGIE, accompagne les industriels pour intégrer ces nouvelles technologies à leurs lignes de production, au plus proche du terrain. 
 

En quoi la robotique est-elle stratégique pour l’industrie française ?

En améliorant la sécurité et les conditions de travail, en offrant une flexibilité de la production et une augmentation des capacités, la robotique est un levier essentiel pour améliorer la performance de l’industrie. Or, la France accuse un retard certain dans ce domaine. Avec 177 robots industriels pour 10 000 salariés, elle est au-dessus de la moyenne internationale (113) mais reste en dessous de l’Allemagne (346), de l’Italie (212) et de l’Espagne (191). Les leaders mondiaux sont encore plus en avance, que ce soit Singapour (918) ou la Corée du Sud (868). La Chine, quant à elle, a multiplié par 10 son parc robotique en moins de 10 ans. De manière générale, on note que les pays les plus robotisés sont ceux qui sont les plus compétitifs et qui ont le plus faible taux de chômage.
 
Accélérer la robotisation est donc une condition sine qua non pour réindustrialiser la France. Avant la crise sanitaire, on observait d’ailleurs une tendance de croissance du marché de la robotique très significative, de l’ordre de 15 %. Le secteur le plus en avance dans ce domaine est de loin l’automobile, suivi par l’électronique. La robotique se développe également de plus en plus dans le secteur agroalimentaire - premier secteur industriel en France - la pharmacie, la cosmétique, la logistique... Parce qu’elles répondent à de larges besoins tels que l’assemblage, la manipulation et le contrôle de produits ou encore la préparation de commandes, les installations robotiques sont devenues indispensables à toutes les industries. Modulaires et adaptables, elles permettent aux industries de gagner en agilité pour adapter leur outil de production aux besoins du marché.
 

Comment aider les industriels à accélérer leur robotisation ?

Le principal frein dans l’accès à la robotique est le financement, car le coût d’entrée peut paraître élevé. C’est pour y remédier que le gouvernement a lancé en septembre 2020 dans le cadre du plan de relance un fonds dédié à l’industrie 4.0. Une nouvelle enveloppe de 800 millions d’euros est annoncée avec le plan France 2030. Ces investissements visent à accompagner « la transformation des sites industriels de manière massive vers de la machine intelligente » et accélérer l’innovation, notamment par l’intelligence artificielle. A terme, le gouvernement souhaite concourir à l’émergence d’un secteur français de la robotique, compétitif et autosuffisant, permettant d’accompagner la réindustrialisation.
 
En tant qu’intégrateur, EQUANS a un rôle à jouer pour aider les industriels à bénéficier des innovations robotiques. Nous cherchons avant tout à co-concevoir nos solutions avec eux, en partant de leurs contraintes et de leurs besoins. Notre rôle est également d’accompagner l’opérateur pour l’aider à s’approprier l’installation robotisée et à la piloter grâce à des interfaces digitales pour en avoir la pleine maîtrise. Nous essayons aussi de faire de ce Lab Robotique un lieu de partage et d’échanges entre les industriels, les fabricants, les startups et les universitaires, pour faire émerger des solutions collectives. 
 
Enfin, nous proposons de nouveaux modes de financement, par exemple sous forme de LOA (location avec option d’achat). Les entreprises le font déjà pour leurs parcs automobiles, elles pourraient le faire demain pour leurs biens de production. Avec des solutions robotiques très compétitives, cela peut leur permettre de retrouver rapidement de la trésorerie, et donc des marges de manœuvre opérationnelles. Pour certaines installations, le temps de retour sur investissement est très court, environ un an. De manière générale, on observe souvent des gains de compétitivité de l’ordre de 30 %.
 

Quelles innovations sont les plus prometteuses pour la robotique industrielle ?

La robotique mobile et la robotique collaborative sont en pleine ébullition.
Les solutions de mobilité type AGV (automatic guided vehicles) existent depuis longtemps. Aujourd’hui, nous voyons émerger de nouvelles générations d’équipements appelées AMR (Autonomous mobile robots) ou IGV (intellogent guided vehicle). Dotés d’intelligence artificielle, ces robots peuvent se déplacer au milieu des collaborateurs, en contournant des obstacles en toute sécurité. Nous proposons, dans cette gamme, l’offre Mobil’Ease pour le transfert de charges, cartons ou palettes, permettant de réduire la pénibilité. Il est possible, par exemple, de prendre la main sur un équipement grâce au mode« Follow me » pour que la machine suive tous mes déplacements. Les applications peuvent être très diverses. Certains locaux, comme des salles blanches, demandent des tenues spécifiques. Les collaborateurs doivent se changer fréquemment pour passer d’une pièce à une autre. La solution de mobilité autonome simplifie ces transferts.
 
Les solutions « collaboratives » désignent quant à elles des robots qui travaillent directement au contact des femmes et des hommes. Il s’agit alors de préserver la sécurité des personnes. Plusieurs technologies permettent ces collaborations. L’intégrateur joue un rôle essentiel en concevant une architecture sécurisée et ergonomique. C’est souvent un gain de temps et de place pour l’industriel et une manière de mettre la robotique au service de l’humain. Cela implique un savoir-faire au niveau de l’intégration, en particulier sur les aspects sécuritaires et normatifs. C’est une des clés pour une intégration maitrisée et réussie de ces technologies et innovations au service de l’industrie du futur.





              


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