Sans grandes avancées récentes, le concept de « smart cities » est-il mort-né ?


Rédigé par Pierre-Éric PERRIN le Lundi 21 Mars 2022 à 09:22

Le concept de smart city, qui existe depuis plus d’une quinzaine d'années déjà, a connu l’arrêt de différentes expérimentations pourtant les plus significatives. Aujourd’hui, l’idée même de smart city peine à se concrétiser. Les raisons à cela : un manque de clarté dans la définition du concept, une faible unification des objectifs des différentes initiatives mais aussi des budgets alloués encore trop faibles pour permettre la réalisation de ces projets ambitieux selon le cabinet Mawenzi Partners.


La cité japonaise de Kyoto s’est orientée vers une vision axée sur la durabilité et le respect de l’environnement (Photo Adobe Stock)
La cité japonaise de Kyoto s’est orientée vers une vision axée sur la durabilité et le respect de l’environnement (Photo Adobe Stock)
Avec l’hétérogénéité des situations de chaque ville, la diversité des visions confère à chaque projet de smart city un caractère unique. Ainsi, « chaque métropole porte sa propre volonté », comme en témoignent Lucie Billaud, chargée de mission pour la ville de Soissons et Nicolas Bataillon, responsable des services de développement des espaces publics et durables pour la ville de Béthune. 
 
D’autres projets de smart cities ont été lancés dans plus de 40 métropoles françaises depuis 2008. Avec plus de 4 milliards d'euros investis, des villes comme Dijon, Lyon, Le Havre ou encore Angers se démarquent par leur volonté de déployer des concepts innovants d’une part et par la politique territoriale établie d’autre part. Du point de vue de l’usager français, très peu de nouveaux services ont finalement émergé à ce jour et les communes ne se disent pas complètement satisfaites de leurs actions. En effet, avec le manque de résultats lors d’expérimentations prometteuses (Quartier Confluence à Lyon, smart grid à Issy-les-Moulineaux) le concept de smart city tend à s’essouffler en France. 
 
En raison d'un manque d’alignement des objectifs et d’un manque de concertation, les efforts pour déployer les initiatives se dispersent et les tentatives d’avènement de la smart city demeurent inefficaces. Par ailleurs, la réplicabilité des expérimentations, condition sine qua non à leur passage à l'échelle, semble complexe en raison des différentes politiques de gouvernance entre chaque territoire. 
 
Pourtant, le concept « smart » n’est pas limité exclusivement à la technologie : en Asie, des villes comme Kyoto ont mis au point des visions, notamment axées sur la durabilité et le respect de l’environnement, qui semblent pouvoir désormais être dupliquées et exportées. Une ville intelligente est d’abord capable de capitaliser sur les ressources naturelles de son territoire afin d'en ressortir des effets positifs pour ses habitants pour faire face aux enjeux environnementaux actuels et à venir. 
 
L’aspect financier est une des limites principales à la mise en place des smart cities. Les projets de smart city coûtent cher et le retour sur investissement est souvent difficile à estimer. Et lorsqu’il apparaît possible et prometteur, le bilan est terni par une divergence d’horizons temporels entre les industriels souhaitant rentabiliser les projets à long terme et les collectivités, frileuses à l’idée d’un engagement sur la durée. 

Capitaliser sur les cas d’usages déjà déployés pour identifier les meilleures solutions

L’absence d’indications claires pour la réalisation de smart city nuit à la productivité et limite la montée en gamme des compétences des métropoles et des prestataires. En France notamment, si le financement de ces projets se fait principalement grâce à des investissements de l’Etat et des services publics, les donneurs d’ordre restent décentralisés et les efforts dispersés. 
 
Il est aujourd’hui nécessaire de prioriser les initiatives pour construire les bases d’un déploiement à plus grande échelle. Il paraît également primordial de capitaliser sur les cas d’usages déjà déployés pour identifier en priorité les solutions offrant un gain opérationnel et une utilité supplémentaire aux usagers d’abord et aux collectivités ensuite.  
 
D’autres pistes d’amélioration sont envisageables, à commencer par la création d’une véritable structure de partage de connaissances. Alors que les retours d’expérience concrets se font rares, il s’agit d’un élément clé qui permet de capitaliser au maximum sur les expérimentations. Pour ce faire, la collaboration entre les villes sur ces sujets d’innovation doit être organisée. 
 
S’il existe quelques partenariats (notamment le réseau Eurocities), il n’existe pas de structure rassemblant les collectivités à échelle nationale. Il conviendrait d’organiser une bibliothèque des cas d’usage classés par thématique pour créer une forme d’émulation au sein des collectivités. Il y a avant tout un enjeu de pédagogie et de sensibilisation considérable pour les collectivités, élus et services techniques, afin de faciliter la projection, la coordination, et la montée en compétences, conditions nécessaires d’un engagement dans de telles démarches. 

Pierre-Éric PERRIN
Associé fondateur de Mawenzi Partners
 






              


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