Un potager géant et solidaire s’installe à Nantes


Rédigé par le Vendredi 19 Juin 2020 à 09:42 | Lu 1619 fois


Pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19, le service des espaces verts de la ville de Nantes, le bien nommé SEVE, n’a pas laissé la bêche dans la remise. Profitant de la crise sanitaire, les employés municipaux ont ensemencé les jardins, les serres et espaces engazonnés inutilisés, pour produire plus de 25 tonnes de légumes. Sans doute le plus grand jardin urbain et solidaire de la planète. Un exemple à suivre.


Une tonne de pommes de terre et des sillons entiers de courges ont été plantés à la pépinière municipale, avec l’aide des bénévoles de l’association EmpowerNantes (Photo site Nantes Métropole)
Une tonne de pommes de terre et des sillons entiers de courges ont été plantés à la pépinière municipale, avec l’aide des bénévoles de l’association EmpowerNantes (Photo site Nantes Métropole)
Les fleurs et autres arbres ornementaux c’est bien, mais il existe dans les villes un tas de lieux inoccupés, souvent laissés à l’abandon, envahis par les herbes folles et parfois les déchets. Transformer ces espaces en jardins qui permettraient de nourrir la population, pourquoi pas ? L’idée a germé, le mot n’est pas trop fort, dans la tête des techniciens du SEVE, le service des espaces verts de la ville de Nantes et le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), appuyée par la maire socialiste Johanna Rolland.
 
« La crise a précipité de nombreux foyers dans la précarité : perte d’emploi, de salaire, détresse sociale et alimentaire… Les associations d’aide alimentaire, qui voient affluer de plus en plus de familles n’ayant plus les moyens de se nourrir et d’accéder à une alimentation saine et de qualité, tirent la sonnette d’alarme », explique Johanna Rolland, maire de Nantes, en présentant le projet baptisé « Paysages Nourriciers », dans le magazine de la métropole nantaise. 
 
En tout ce sont plus de 2,5 hectares répartis sur 50 sites qui ont été nettoyés et bêchés pour recevoir et semis et plants potagers. Tout ce que la ville compte de serres, jardins potagers, zones des gazons inutiles sont passés entre les mains expertes des techniciens de la ville. « Peut-être bientôt des fraises cours Cambronne et des patates aux Douves du château, une touffe de persil devant le bahut et des haricots derrière la gare », commente Anna Marguerite Scheele sur Technosphère
 
L’idée a été bien perçue par les agents territoriaux. « Plutôt que de créer un événement sur un seul site, comme souvent l’été, on s’est dit qu’on avait un rôle à jouer dans cette période pas simple », explique Romaric Perrocheau, responsable du SEVE, au journal Ouest France.
 
Avec toutes ces zones occupées par des plantes potagères, les services municipaux espèrent ramasser plus de 25 tonnes de légumes, lesquelles seront distribuées aux associations solidaires (Banque alimentaire, le Secours populaire, les Restos du cœur et les associations de quartier…) pour qu’elles puissent les redistribuer aux personnes en difficulté. Un moyen aussi de leur apprendre à consommer sain et local. 
 
« A ma connaissance, Nantes devient la seule ville, à posséder un potager aussi immense », poursuit Marguerite Scheele. « Même Paris ne lui arrive pas à la cheville avec son projet de « plus grande ferme urbaine au monde » avec une surface de 14.000 m2 sur le toit du nouveau hall du Parc des Expositions au cœur du 15ème arrondissement ». Et d’ajouter « D’autant que le projet parisien n’a rien de solidaire car il sera géré par des maraîchers qui vendront leurs produits ».

50 lieux de production répartis dans les 11 quartiers de la ville

Si de nombreuses villes encouragent l’installation de jardins partagés et le développement d'espaces permettant de produire des plantes comestibles accessible à tous, à l’exemple des initiatives lancées un peu partout dans le monde avec l’association « Les Incroyables Comestibles  », ou encore « la Forêt qui se mange », à Grande-Synthe (59), projet initié par les habitants, Nantes qui compte déjà plusieurs fermes urbaines et associations proposant des récoltes de proximité, fait figure de précurseur. 
 
Avec cette initiative municipale, née à l’issue de la crise sanitaire et les difficultés économiques que rencontre un nombre plus important de citoyens, ce sont environ 1 000 foyers qui pourraient recevoir des paniers d'environ 25 kg de légumes chacun, au fil des récoltes et de la saisonnalité. Les légumes seront récoltés entre juillet et octobre, selon les variétés, avec l’aide des habitants volontaires et de bénévoles d’associations nantaises. Un moyen d’apprendre à cultiver son propre jardin et transmettre des valeurs d’entraide et de protection de l’espace urbain que d’aucuns ont perdu. 

« Ces paysages nourriciers ont aussi une vertu pédagogique : suivre l’évolution des cultures, rappeler à quelle saison chaque légume se ramasse, les récolter de manière participative, les redécouvrir et apprendre à les cuisiner pour une alimentation saine, de qualité et locale », souligne Johanna Rolland

 Les 50 lieux de production, entretenus par autant d'équipes de jardiniers, qui accueillent les plantations en permaculture, sont répartis sur les 11 quartiers de la ville. Les légumes sont garantis sans pesticides, les techniciens du SEVE s’étant fait conseiller par des spécialistes de la permaculture.
 
Gageons que l'expérience lancée par la ville de Nantes fera son chemin et que d’autres villes, en France et à l’étranger, s’engageront dans cette voie qui permet au plus démunis de se nourrir sainement et à tous de prendre conscience de l’intérêt de cultiver et entretenir la terre nourricière, même au cœur des villes. 
 
Télécharger la carte des 50 sites des « Paysages nourriciers   (Pdf)» 



Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              

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