Déconfinement : le vélo urbain, grand gagnant de la crise sanitaire


Rédigé par le Mercredi 13 Mai 2020 à 09:27 | Lu 1002 fois


Envie de pratiquer une activité physique après ces 8 semaines de maintien à domicile, peur de prendre les transports en commun, prise de conscience écologique, en ces premiers jours de déconfinement, le vélo en site urbain à la cote. Au point que les réparateurs et les vendeurs ne savent plus où donner de la tête, obligeant les collectivités à mettre en place ou modifier à la hâte leur plan vélo.


La rue de Rivoli à Paris, réservée aux piétons et aux vélos ( Crédit Photo Sophie Robichon / Ville de Paris )
La rue de Rivoli à Paris, réservée aux piétons et aux vélos ( Crédit Photo Sophie Robichon / Ville de Paris )
Les associations qui militent pour les déplacements à vélo en centre-ville plutôt qu’en voiture, n'en croient pas leurs yeux. Après 8 semaines de confinement les français retrouvent la liberté au guidon d’une vélo flambant neuf ou ressortent celui qui utilisent habituellement pendant les vacances, pour se rendre au travail. Plus de vélo et moins de voitures, le climat ne s’en plaindra pas et les habitants des villes non plus. Seule ombre au tableau : les villes ne sont pas toujours aménagées pour répondre à cet afflux de cyclistes casqués et masqués pour certains.   
 
« C'est un mouvement de fond », analyse Dominique Riou, chargé d’études au département Mobilité Transport de L’Institut Paris Region. « Il est à la fois lié à la sortie de crise, aux conditions sanitaires, et c’est une opportunité. C’est difficile de dire que c'est grâce au covid...Mais il est clair que l'opportunité est grande. » 
 
De son côté, le président de la Fédération des usagers de la bicyclette, Olivier Schneider, s'enthousiasme pour ce nouvel élan au micro de France 2 : « Si vous m'aviez dit, il y a quelques semaines, que notre visioconférence sur les moyens d'aménagement urbain cyclistes exploserait les scores, je ne vous aurais pas cru. C'est incroyable ce qui se passe. »  En 2019, le nombre de vélos qui circulait dans les rues de Paris, a bondi de 54%. « Mais on peut assister à une vraie accélération avec ce déconfinement », poursuit Olivier Schneider.
 
Respectueux de la distanciation sociale et de surcroit écolo, le vélo est considéré comme le moyen de locomotion phare de la sortie de confinement, plus rassurant que les transports en commun où le risque d’approcher une personne infectée est nettement plus grand. 
 
« Je trouve ça plutôt bien », commente sur le site de 20 Minutes, Pierre-Louis, 28 ans, cycliste et automobiliste à Paris. « Une ville sans voiture, c’est assez agréable. On se rend compte que Paris n’est pas si immense, qu’il se traverse très vite. » Des propos qui raviront Anne Hidalgo, la maire de Paris qui prêche pour moins de voiture dans la capitale. 
 
« C’était absolument inimaginable avant et aujourd’hui en un clin d’œil, ces axes sont devenus cyclables ».

 Pour Stein van Oosteren, porte-parole du collectif Vélo Ile-de-France, c’est un changement spectaculaire. « C’est extraordinaire ce qu’il se passe. On est loin d’une région 100 % cyclable mais je peux vous dire qu’en dix jours on a fait plus qu’on aurait fait en dix ans, en temps normal. » » Magie de la crise sanitaire et de ses contraintes « Même sur des nationales, ils ont mis des pistes cyclables temporaires », ajoute Stein van Oosteren. « C’était absolument inimaginable avant et aujourd’hui en un clin d’œil, ces axes sont devenus cyclables ». Convaincu que ces aménagements vont démocratiser le vélo en Ile-de-France, le militant espère que ces pistes, dont certaines sont construites avec des séparateurs béton, survivront au covid-19. Lui et les membres du collectif auront désormais des arguments.
 
Et toutes les grandes villes, Montpellier, Rennes, Nantes, Toulouse, Lyon, Lille et bien d'autres s’y mettent, en lançant à la hâte leur propre plan vélo et en construisant des pistes cyclables temporaires. « Nous avons travaillé avec JacquesRichir (adjoint au Cadre de vie – NDLR) à un plan de mobilité à Lille qui permette de faciliter vos déplacements tout en intégrant les enjeux sanitaires. Au programme : piétonnations et aménagements cyclables temporaires et renforcement du plan bus », écrit Martine Aubry, maire, dans un tweet à l’attention des habitants de la métropole lilloise.
 
Pour chaque collectivité, le but est simple : il s’agit de limiter les flux dans les transports en commun pour les premiers jours du déconfinement. Plus il y a de vélos, moins il y aura de contacts entre piétons sur les trottoirs, dans les bus, dans les métros. « Les pistes cyclables temporaires constituent une des solutions étudiées pour permettre aux Français qui pratiquent le vélo de se déplacer à partir du 11 mai » déclare à son tour Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire. « J'y suis favorable, et mon ministère accompagne les collectivités locales pour les mettre en place ».
 

L'effet coup de pouce vélo

A ces aménagements souhaités depuis des années par les associations d’usagers de la bicyclette, s’ajoute l’effet « coup de pouce vélo   », un plan doté de 20 millions d’euros, mis en place par Elisabeth Borne, sur les conseils de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), pour encourager la pratique du vélo chez les Français, dans la perspective du déconfinement et les primes accordées par les collectivités pour l’achat d’un vélo électrique. C’est le cas en région parisienne où Île-de-France Mobilités   a mis en place un site   destiné à rembourser les Franciliens ayant récemment fait l'achat d'un vélo électrique. La prime d'aide à l'achat s'élève à 500€ pour les simples vélos et monte jusqu'à 600€ pour les vélos cargos. De quoi encourager l’achat. 
 
Et depuis lundi, les vendeurs de cycle comme les réparateurs ne désemplissent pas, le « coup de pouce vélo », permettant de faire réparer son vieux vélo avec une prise en charge de 50 Euros pas l’État. Disposer de pistes cyclables c’est bien, mais avoir un vélo en bon état c’est mieux. « On a trop longtemps réduit les plans vélo à l’aménagement de simples pistes cyclables » explique à 20 Minutes Frédéric Heran, économiste des transports et urbaniste, maître de conférences à l’Université de Lille. « Ce « coup de pouce vélo » a d’intéressant qu’il se penche sur les autres facteurs à réunir pour augmenter la pratique du vélo sur un territoire et auxquels on pense rarement. Dont celui d’avoir un vélo en bon état. »



Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              

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