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Et si l'art urbain permettait de rapprocher les citoyens ?


Rédigé par le Mardi 8 Octobre 2019 à 16:20 | Lu 932 fois


Utiliser les locaux d’un ancien couvent, situé au cœur d’une zone urbanisée, pour en faire un espace artistique éphémère, avant démolition, c’est l’aboutissement d’un projet lancé en quelques semaines par l’association « Art Project Partner » à Angers. Succès garanti. Les visiteurs se sont pressés le premier week-end, curieux de découvrir ce lieu unique d’exposition, sans technologie, mais qui rapproche les habitants et les réconcilie avec l'art urbain. Mais cet immense espace ne sera ouvert que jusqu’à la mi-novembre. Dommage.


Dès son entrée le visiteur est frappé par la qualité des oeuvres.
Dès son entrée le visiteur est frappé par la qualité des oeuvres.
Situé au nord d’Angers, au beau milieu d’une zone pavillonnaire, le couvent des sœurs de Nazareth, un espace arboré de 5 hectares et de 6000 m2 de bâtiments, dont une chapelle, était peu connu des angevins. Historiquement la congrégation des sœurs de Nazareth, peu ouverte sur l’extérieur, a été fondée en 1875. Elle compte plusieurs établissements en France et dans le monde, dont un à Angers, lesquels accueillent des personnes en difficulté et assurent des missions d’enseignement, de soin et des actions apostoliques. En 2018, la congrégation a cédé son ensemble immobilier et son parc à Podeliha Accession, opérateur de logement social en Pays-de-la-Loire.
 
Laissé à l’abandon en attendant l’arrivée des bulldozers, cet ensemble immobilier, plutôt en bon état a tapé dans l’œil de Doris Koffi, une entrepreneuse de l’art solidaire et son association Art Project Partner. Leur idée : inviter des artistes susceptibles d’investir les lieux pour y créer l’œuvre de leur choix, en s’inspirant des bâtiments, de son histoire ou pas. De la peinture pour redonner des couleurs à des bâtiments plutôt austères, des projets musicaux et des performances artistiques, pas d'objets technologiques, quoique ...
 
Un projet éphémère un peu fou, mais qui n’a pas quitté l’esprit de son initiatrice jusqu’à ce qu’elle rencontre les propriétaires des lieux, bien décidés à tout raser pour construire des logements.  Séduite à la fois par le coté mystérieux et magique des bâtiments de l’ancienne congrégation religieuse, Doris Koffi imagine d’abord un projet artistique pour la chapelle. Mais pourquoi pas voir beaucoup plus grand ?  « J’ai tellement adoré l’endroit que je me suis dit que je ne pouvais pas rater l’occasion d’utiliser l’ensemble des bâtiments », confie l’entrepreneuse au Courrier de l’Ouest. D’autant plus facile qu’Emmanuel Lefébure, le président de l’immobilière Podeliha  est un amateur d’art. 
 
Doris Koffi, a peu de temps pour réagir, mais elle n’en est pas à son premier coup d’essai. On lui doit notamment « Je voeux dormir avec toit  », un projet artistico-solidaire à destination des sans-abris, lancé en 2018, mais annulé en dernière minute par la mairie d’Angers. Mais cette fois c’est la bonne, Podelhia est intéressé ainsi que d’autres partenaires et mécènes, dont la ville d’Angers. Seul bémol et c’est sans doute ce qui fait sa force, il sera éphémère, puisque le constructeur, les Castors d’Anjou, filiale de Podeliha, doit reprendre possession des lieux dès la mi-novembre. 
 
« C’est un projet complètement fou, mais qui manquait dans notre ville »

 Lancé en juin ce projet très court a mobilisé une centaine d’artistes venus de toute la France. Et même si certains n’y croyaient pas, Doris réussi à monter, contre vents et marée, un centre culturel éphémère, ouvert à des univers artistiques très différents, vraisemblablement unique en France. Et tout ce que la ville compte d’artistes et d’amateurs d’art contemporain s’est mobilisé pour lui venir en aide. 
 
Et le résultat est à la hauteur et embarque le visiteur dès son arrivée. D’ailleurs ça ne trompe pas, plus d’un millier d’Angevins se sont déplacés dès le premier week-end d’ouverture. Sensibilisés par les réseaux sociaux, des articles de presse et la pugnacité de l’organisatrice ils ont pris un réel plaisir à déambuler dans les grands couloirs du couvent, avec désormais ses murs peints ou taggués, ses parois défoncées, ses espaces détournés. Sans être des artistes dans l’âme, certains se sont même réconciliés avec l’art contemporain. « C’est un projet complètement fou, mais qui manquait dans notre ville », nous confiait un couple de sexagénaires visiblement emballés. « Nous savons qu’il est évolutif en fonction de l’avancement des projets artistiques. Nous reviendrons avant la fermeture ». Et d’ajouter : « et si le promoteur immobilier abandonnait son projet et continuait à laisser ce lieu aux mains des artistes, ce serait vraiment chouette ».
 
Effectivement. Et si finalement le constructeur abandonnait tout ou partie de son projet pour le laisser aux mains d’artistes en liberté. D’autant que la chapelle, plutôt sympa, au milieu de son champ de pommiers, les jardins, des lieux où finalement ce projet laissé aux pinceaux et aérosols d’artistes parfois méconnus, permet aussi de tisser du lien entre artistes et visiteurs, surpris en train de discuter autour d’une œuvre ou boire un verre au bar, lui aussi éphémère. Un vrai projet humain et solidaire, fidèle à l’esprit de celle qui l’a imaginé.
 
Un autre projet similaire, peut-être un peu moins fou, est en gestation à Angers, celui de la Maison d’arrêt, située en cœur de ville, à deux pas du centre-ville. Ce projet faisait même partie du programme du maire en place : Christophe Béchu. Mais ce projet est conditionné par la construction d’un nouveau centre pénitentiaire qui sera situé en dehors de la ville, à Trélazé, ville de la métropole urbaine. Mais le projet ne devrait pas sortir de terre avant 2027. En attendant Doris Koffi qui s’est fait une spécialité de l’art solidaire et opérations artistiques « coup de poing », devra trouver d’autres terrains d’expression, capable de rassembler artiste et habitants. On peut lui faire confiance.
 
L’Art au couvent 
Ouvert du 5 octobre au 15 novembre, du vendredi au dimanche inclus
Entrée : 96, rue de Nazareth – 49100 Angers
Tarif entrée : 4 €
Gratuit jusqu’à 12 ans




Yannick SOURISSEAU
- Web journaliste et rédacteur en chef de Ville Intelligente Mag - Formateur journalisme en ligne... En savoir plus sur cet auteur


              


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