La Smart City à l’épreuve de la Covid-19


Rédigé par Noémie RIGEOT le Mercredi 17 Février 2021 à 10:28 | Lu 2905 fois


A cause de cette pandémie qui n’en finit pas, le monde d’après ne se sera plus tout à fait comme avant. On n’arrête pas de le dire. Toutefois, si cela se présente comme une opportunité pour les plus optimistes, c’est aussi une catastrophe économique pour les autres, notamment pour les projets de villes et territoires intelligents qui n’ont pas été lancés avant l’année 2020. Peut-être un moyen, pour les élus locaux et gestionnaires de se remettre en question et de se diriger vers une ville qui résiste mieux aux agressions dont elle peut faire l’objet.


La crise sanitaire que nous vivons aura une incidence sur les politiques de santé au niveau des villes et territoires (Photo Adobe Stock)
La crise sanitaire que nous vivons aura une incidence sur les politiques de santé au niveau des villes et territoires (Photo Adobe Stock)
Au niveau national comme international, la crise sanitaire liée au Covid-19 a été soit un accélérateur de la transformation numérique pour plusieurs projets de Smart City, soit un ralentisseur pour de nombreux projets.
 
En France, les villes qui ne sont pas encore lancées dans ce concept, un peu à la mode à un moment où l’avenir était tout tracé, où tout allait pour le mieux, ont dû s'adapter et innover dans l'urgence pour assurer la continuité des services aux citoyens. Ainsi à Dijon, le projet OnDijon a permis à la ville de s'équiper d'un lieu de pilotage qui s'est révélé très utile dans la gestion de la pandémie. Selon Denis Hameau, conseiller municipal délégué à la qualité du service public et à la relation aux usagers, « ce centre a permis de gérer la saturation du CHU et d'apporter un soutien à la population ». 
 
A Lyon, la collectivité a créé une plateforme numérique participative « Lyon voisins solidaires » permettant de rompre de l'isolement par le biais du bénévolat (faire les courses, aider aux devoirs). Tout comme la ville de Paris, avec la zone d'échange web « jemengage.paris » pour tisser des liens entre les entreprises, les associations...
 
A Angers, ville qui s’est investi l’année précédant la crise sanitaire. Sans fanfaronner, le Maire-Président de l’agglo, relativise lors de la dernière réunion du Conseil de Développement Loire Angers : « heureusement que nous avons lancé notre projet de territoire intelligent avant la crise. Si c’était aujourd’hui nous ne pourrions pas le faire ».  Mais la démarche de territoire intelligent qui intègre, depuis le démarrage, la partie santé, n'a pu être opérationnelle avant l’arrivée de la Covid-19, « car le projet n'en était qu'à ses débuts », comme le précise Richard Thibaudeau, directeur du programme Territoire intelligent de la collectivité angevine. « Mais la crise sanitaire a permis une prise de conscience de la nécessité d'accélérer le développement de la technologie dans la gestion des problèmes de santé car nous avons réalisé ses bienfaits et réfléchissons à des solutions pour pallier les déserts médicaux ».
 
Donc si pour certains la crise sanitaire et celle, économique, qui en découle, inévitablement, marque un frein dans les projets, - les aides financières étant réaffecter pour soutenir la crise économique -, pour d’autres, c’est aussi c'est peut-être une période salvatrice qui permet de prendre conscience que la Smart City, qu’elle s’organise au niveau d’une ville ou d’un territoire, ne doit pas intégrer la seule technologie. En effets si les capteurs et autres installations qui permettront de faire des économies résisteront à cette crise, pour peu que les entreprises qui les produisent aient, elles aussi, résisté, l’apport humain devra avoir largement sa place. Dans le domaine de la santé, bien sûr, car comme les trains, une crise sanitaire peut en cacher une autre, peut-être plus violente, mais aussi dans le domaine environnemental et de l'aménagent des lieux publics, où tout devra être mis en œuvre pour éviter que telle invasion ne se propage.

En France et dans le monde, le Coronavirus va changer la donne

En effet, si certains projets devront être réétudier et attendre les aides dont les précurseurs ont bénéficier, dans tous les cas, chacun devra revoir sa copie pour que pareille affaire ne se reproduise et c’est évident, y associer tous les acteurs, que ce soient les gestionnaires, les entreprises, les services de santé, mais aussi les opérateurs de la culture et d’aménagement de la ville. 
 
Sur le plan international, les grandes métropoles sont autant impactées que nos territoires français, à la fois par le virus, mais aussi par le retrait des grandes entreprises qui s’étaient investies dans des projets parfois pharaoniques. Des géants de l’internet et de la technologie, pourtant très investis dans la démarche de Smart City, ont décidé de jeter. C’est le cas de Google et son quartier expérimental de Toronto (Canada). Certes l’idée d’abandonner ce projet était dans les tuyaux avant la pandémie, mais cette dernière n’a fait qu’achever un projet déjà mort-né qui montrait d’emblée les défaillances d’une ville futuriste, trop axée sur la technologie et sur une gouvernance d’un géant du net, aujourd’hui contesté, comme tous les GAFA, pour son emprise sur l’écosystème digital. 
 
Il en va de même pour le géant des réseaux informatique, Cisco, qui s’était engagé dans beaucoup de projets avant la crise. Si pour l’instant la multinationale. Californienne annonce qu’elle poursuivra les projets en cours afin d’aider les collectivités à achever leurs réalisations, elle n’envisage pas de collaborer à de nouveaux projets, pour l’instant. Et la liste est longue, chaque entreprise préférant stabiliser les ressources, avant de s’investir dans de nouveaux projets.
 
Reste l’Asie (Chine, Japon, Corée, Malaisie…), où les projets de villes intelligentes sont des éléments forts de la politique des dirigeants en place, le recul est moins évident. D’autant plus que la maitrise de la pandémie est radicalement différente de celle des pays occidentaux. Plus draconienne, elle permet d’envisager l’avenir différemment et de maintenir les projets en cours d’élaboration.  C’est le cas au Japon où Toyota construit pour ses employés et leur famille une ville intelligente au pied du Mont Fuji.
 
Alors la ville et le territoire intelligent, résisteront-ils au passage de la Covid-19. Sans doute, pour peu que les gestionnaires qui devront faire face aux restrictions budgétaires, revoient leurs ambitions à la baisse et adaptent leurs projets en conséquence. La Smart City, est aussi un concept de ville résiliente qui sait résister aux attaques dont elle peut faire l’objet. Celle du dernier coronavirus est un moyen de tester en vrai grandeur les capacités de collectivités que l’on parait de tous les bienfaits avant que la pandémie touche l’ensemble de la planète. 





              

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